Copie audacieuse mais combien convaincante que cette réplique de Starmania imaginée par Pierre Stembert. Le défi était de taille pour

remastériser dans un gabarit plus restreint cette importante création de Michel Berger et Luc Plamodon. C’était en 1978 déjà, mais les textes nous parlent encore

avec une même persuasion à cent lieues de la nostalgie, alors qu’ils plaisent aussi aux jeunes générations.

Ici, sur le plateau du Grand- Théâtre, c’est une version scénique épurée, un décor sobre mais suggestif, et une présentation propre,

sans vains effets d’esbroufe, qui offre à cet opéra-rock une autre dimension qui tient à l’essentiel.

On baigne toujours dans la confrontation entre le bien et le mal, face à la corruption et à la solitude des êtres désemparés.

On voit donc défiler Tiggy, ce garçon pas comme les autres, androgyne et mythomane, paumé comme pas deux, entre coup de foudre et besoin d’amour.

On croise le businessman désabusé en mal d’émancipation artistique, et on s’imprègne du SOS d’un terrien en détresse. Tout cela dans

un enchaînement irréprochable, mené au pas de charge, et que seuls les applaudissements les plus fracassants viennent interrompre entre deux titres.

C’est que cette adaptation en version allégée de concert réclame la présence permanente des divers interprètes, qui se partagent le répertoire

pour animer la scène en fonction de leur intervention, et sans le moindre temps mort. Des interprètes bien à leur place, solidement ancrés

dans leur rôle respectif, qui paient d’ailleurs généreusement de leur personne dans toutes les tonalités vocales de cette immense fresque

franco-québécoise aux parfums sulfureux et parfois subversifs.

Mais qu’importe : on est complètement sous le charme à travers les péripéties de Charlotte Denis, Christophe Gillard, Sarah Mazzacavallo, Roxane Rutter,

Amélie Stembert et Philippe Vanclès, qui se produisent en alternance ou en duo, ou encore tous ensemble, sous la direction musicale de l’infatigable

Antoni Sykopoulos qui tient les commandes sans relâche du début à la fin.

Du tout grand art et un vrai travail d’orfèvre, et qui semble d’ailleurs susciter déjà certaines convoitises extra-muros.

Il se chuchote en effet que quelques opérateurs culturels de la région, dispersés dans la salle, étaient au rendez-vous. Serait-ce de bon augure ?

 

Y. Hurard. Vers l'avenir (Verviers)